mercredi, août 20, 2008

Une gauche libérale... ou une vierge prostituée ?

Le libéralisme d’aujourd’hui reste sur des valeurs formalisées au XVIIIe siècle.

Contrairement à ce qu’il est dit, ce n’est pas une philosophie qui est née dans une époque déiste avec Adam Smith, Ricardo, ou Mandeville, mais le résultat de l’esprit mercantiliste du XVIe siècle (très bien analysée par l’historien anglais H.R Trevor-Roper[1]), et théorisé effectivement au XVIIIe siècle.

En effet pendant longtemps, la pensée économique est restée dépendante de la morale. Dans l’Antiquité Platon et Aristote s’intéressent aux problèmes de la maison. Au Moyen-âge, St Thomas d’Aquin dans La somme théologique (1266) détermine quelles sont les pratiques économiques justes selon la religion chrétienne. C’est à partir de la rupture de la Renaissance que l’économie se détache de la morale, notamment avec l’esprit de la réforme qui se propage à travers l’Europe.

Depuis ce XVIIIe, l’économie se pense en économiste, c'est-à-dire comme on enseigne les sciences économiques. Mais avant de se demander si l’économie est une sorte de science exacte, ne devrait-on pas procéder à l’épistémologie de la science économique ?

Cela voudrait dire qu’avant d’explorer les techniques de l’économie, à travers les balances des paiements, le compte de résultat, et la valorisation des sociétés (pour faire bref) on commence à se demander ce qu’est cette science économique et l’« économie » in extenso? Quelle est l’idéologie de départ qui fait que le libéralisme dirait la vérité ?

La réflexion économique apparaît d'abord en Grèce antique et en Chine antique, là ou une production marchande et une économie monétaire semblent avoir été développées en premier. Le mot économie vient d'ailleurs du grec (de oikos, la maison, notamment en tant qu'unité sociale et économique, et nomos, l'ordre, la loi).

Est-ce qu’il y a une science sous-jaccentes à ces activités ? En effet à cette époque la science économique n’existe pas, contrairement à la science politique.

Si le postulat de départ définit que la loi du marché produit une harmonie généralisée, alors la thèse métaphysique du libéralisme sous-entend que le marché est la source de l’ordre naturel.

Cette proposition singulière est-elle fautive philosophiquement ? Une main invisible peut-elle générer la richesse de la nation, richesse synonyme de prospérité des individus qui la constitue. Avec le constat brutal de la paupérisation de notre société, on aurait tendance à penser que le libéralisme ne marche pas, et que l’analyse marxiste est plus pertinente dans sa vision de ce qu’est le libéralisme, sans pour autant apporter une solution.

La loi de la paupérisation est extrêmement simple :

De moins en moins de riches, et des riches de plus en plus riches, de plus en plus de pauvres, et des pauvres de plus en plus pauvres. . Quand est-ce qu’on conclura que le libéralisme n’est pas fait pour produire la richesse des nations mais la richesse de quelques uns qui n’ont rien à faire du bonheur de la nation ?

Pour comprendre la fameuse « main invisible », il faut voir que l’économie libérale a été formalisée dans une époque déiste, le XVIIIe siècle. Tous les grands penseurs de ce temps sont loin d’être athées, (Voltaire, Rousseau, Helvétius) et pensent qu’il existe une sorte d’horloger qui justifie le fonctionnement de l’horloge qu’est le monde.

Or il faut comprendre que ce XVIIIe sicèle est fondamentalement optimiste et grâce à un subtil jeu de vase communiquants, l’économie, la philosophie et la science feront reculer l’obscurantisme religieux, la barbarie et la cruauté.

Le XIXe siècle s’avance vers l’athéisme, le XXe siècle est franchement athée… mais l’hypothèse de départ est resté inchangé, tout comme certains sont restés sur les attendus du marxisme –ils pensent que rien ne s’est passé depuis Marx et qu’on devrait abolir le salariat, le capital avec une révolution qui permettrait via l’appropriation des moyens de production, de réaliser le bonheur sur terre.

Aborder la question de la métaphysique du libéralisme avec les libéraux pourrait-il aboutir sur le consensus que le propre du libéralisme, c’est de permettre au renard de rentrer librement dans le poulailler où les poules sont libres, et de les dévorer librement. « Mort à la poule faible qui ne ponds pas des œufs d’or » ? Rien n’est moins sur, car chacun s’accroche à ses paradigmes.

Or la civilisation et l’humanisme défendus par bon nombre de francs-maçons au pouvoir devrait dire l’inverse. Le faible doit être protégé par le fort. Celui qui est puissant s’honore de s’occuper de celui qui ne l’est pas. Voila un exemple de la grandeur. N’est grand que celui qui est capable de ne pas user de sa grandeur pour détruire les autres, ou les asservir.

Donc effectivement, il y a un moment où il faudra dire que le libéralisme est une idéologie mortifère, dangereuse, ancienne, qu’elle a vu le jour à une époque où l’on était dans des perspectives optimistes et déistes, et que l’heure n’est plus ni à l’un ni à l’autre.

Sans être pessimistes pour autant, on devrait tragique : voir le réel comme il est. De fait si vous laissez quelqu’un produire librement sans contraintes en matière d’économie, il va détruire tout sur son passage sans faire de morale. Ce sont des questions qui devrait être centrale à la gauche, plutôt qu’essayer de concilier des concepts aux prix d’acrobaties qui conduit à parler de « gauche libérale ».

Un gauche libérale, ça s’appelle un oxymore. C’est comme une vierge prostituée.

C’est une réflexion qu’on devrait mener en bonne intelligence. Or ceux qui ont une bonne analyse du libéralisme, évite de faire une analyse sur leurs présupposés qui sont marxistes. C’est dommage que la meilleure analyse soit faite par Besancenot, et qu’il ne soit pas capable de faire la même analyse sur les présupposés qui sont les siens, marxistes, trotskistes classiques avec la prise du pouvoir du Palais d’hivers. Des choses tout aussi ridicules que le libéralisme.

Ce sont deux idéologies néfastes pour les hommes. Si le propre de la politique c’est justement de mettre de l’humanisme, de la culture, de l’humain, de la pitié, de la compassion, de la proximité, du partage, de la générosité, toutes ces choses là pour faire de telle sorte que la loi de la jungle ne soit pas pas la jungle, alors s’ouvrent des chantiers magnifiques pour la politique d’aujourd’hui et de demain.



[1] De la Réforme aux Lumières – Editions Gallmard.

1 commentaires:

francesco di bonardo a dit…
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